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Sharon Gless polit son image d'impolie :
Zap2it.com - Juin 2004
par Jacqueline Cutler


Les récompenses qu’elle a reçues attestent du talent d’actrice de Sharon Gless. Ses collègues ne tarissent pas d’éloges à propos de son courage à jouer les dames effrontées. Cependant, pour vraiment comprendre à quel point elle est une actrice remarquable, vous devez comprendre qui est la véritable Sharon Gless. Celle qui paraît chaque dimanche dans la série dramatique de Showtime Queer as Folk, admet qu’elle est personnellement « timide et irrésolue. Ce sont les rôles qui sont culottés. Je n’ai jamais joué de personnage timide de ma vie. J’adore la façon dont les gens me voient et les rôles qu’ils me proposent. »
Dans cette série qui dure depuis déjà quatre ans, Sharon Gless joue Debbie, la mère aimante d’un fils gay. Elle est serveuse dans une cafétéria, elle utilise un langage grossier, porte des T-Shirts explicites et des cheveux rouges qui lui donnent l’air de s’être battue avec une esthéticienne aveugle. Gless est fière de ce look. « Beaucoup de gens, y compris mon mari, me disent ‘Je ne peux pas croire que tu passes à la télé dans cette tenue’, » dit-elle en rigolant d’un rire qui vient du plus profond d’elle-même. « Les cheveux rouges la distinguent de Sharon»,  explique le producteur exécutif Daniel Lipman. « Mais elles ont le même cœur. »
Lipman se souvient des jours sombres du casting de Queer as Folk quand les acteurs ne voulaient pas auditionner pour jouer des gays. Pourtant, Gless a demandé ce rôle, ce qui l’a rendue d’autant plus populaire. « Je n’aurais pas eu de carrière sans la communauté gay » dit-elle. En effet, les lesbiennes avaient déjà adopté la policière à la forte personnalité Christine Cagney que Gless jouait dans Cagney et Lacey, et pourtant, le personnage était hétéro. Et la communauté gay a aussi adopté Debbie, qui est aussi hétéro mais qui soutient totalement son fils. Dans les deux séries, Gless voulait jouer des femmes complexes et franches.
« J’ai senti venir les problèmes »,  dit-elle à propos de sa réaction en lisant le script du pilote de Queer as Folk. « Et j’adore les problèmes. J’espérais même plus de problèmes. Nous étions éclipsés par le fait que nous ne pouvions pas élire de président. Nous étions sûrs que la droite religieuse protesterait contre nous, et j’avais hâte. Mais nous sommes passés entre les gouttes. »
Si la droite religieuse a décidé de ne pas protester, Sharon, elle, ne s’en est pas privée. Le 25 Avril, elle a pris part à la marche pour la Vie des Femmes à Washington D.C. « C’était la première fois que je défilais réellement et c’était une expérience extraordinaire d’être avec un million de femmes et avec les hommes qui les aiment. » dit Gless. Elle y est allée avec son mari, Barney Rosenzweig, et une de ses proches amies, Tyne Daly, sa partenaire dans la lutte contre le crime de Cagney et Lacey.
Daly se souvient de leur rencontre au bar d’une soirée hollywoodienne en l’honneur de Racines, des années avant qu’elles ne fassent équipe. Elles se sont liées au cours d’une conversation où chacune fit l’éloge du talent de l’autre. « Je lui ai dit quelque chose ce soir là, et ça l’a tellement impressionnée, j’ai dit, ‘Qu’est ce que j’ai dit ?’ Elle ne se souvient plus. J’en suis encore à chercher quelle chose brillante j’ai pu lui dire quand nous nous sommes rencontrées. »
« Elle m’a fait rire, et continue de me faire rire »,  ajoute t-elle. L’une des raisons est que Gless se moque facilement d’elle-même et des absurdités de la vie.
Bien qu’appartenant à une famille implantée à Los Angeles depuis cinq générations et qui a des liens très étroits avec le show business, Gless a débuté relativement tard puisqu’elle avait alors 26 ans. Elle a su qu’elle voulait devenir actrice dès l’âge de 6 ans quand elle a vu un camarade de classe, Billy Chapin, à l’écran. Elle a demandé à sa mère de contacter un oncle directeur de casting qui «malheureusement ne croyait pas au népotisme.» dit-elle. Elle se souvient que sa mère a dit « Nous avons décidé qu’il valait mieux que tu finisses tes études d’abord, ensuite nous en reparlerons. » Plus qu’obéissante, Gless a attendu ses 18 ans pour relancer le sujet. Elle a ensuite dit à son grand-père Neil McCarthy, avocat des studios dirigés par Louis B. Mayer et Howard Hughes, qu’elle voulait devenir actrice. « Il a dit : ‘C’est un milieu pourri. Reste en dehors de ça.’ » Gless ajoute « Je n’ai pas eu le cran d’être insolente. » Au lieu de cela, elle rejoint l’université Jésuite d’où elle a été expulsée pour avoir fait passer deux fois de la bière en fraude. « Je n’aime même pas la bière. » dit-elle joyeusement.
Sa mère, réalisant que Gless s’étiole à la maison, l’emmène sur-le-champ à la gare de bus. Elle donne alors à sa fille 200 dollars et lui dit de s’installer dans un YMCA (= Association pour la jeunesse chrétienne) dès qu’elle sera arrivée là où elle souhaite aller.
Gless prend alors le bus pour Spokane, Washington DC, pour se rapprocher de ses amis. « J’ai répondu à la petite annonce d’un entrepôt dans un quartier louche de la ville » dit-elle. « Je portais un tailleur en lin rose, des gants blancs, une queue de cheval blonde et des talons. » Ils lui ont donné le job : vendre des rails en aluminium au porte à porte. Un homme dans un break était chargé de la conduire partout et elle finissait toujours par s’excuser auprès des gens pour les avoir dérangés. Elle n’a jamais rien vendu. « Je suis allée vers une autre maison et j’ai sonné à la porte, » raconte t-elle en étouffant à peine un rire « et l’homme dans le break a commencé à klaxonner. » Quand elle est revenue à la voiture, il lui a dit : « C’est une maison en brique. »
« J’avais peur de leur dire que j’ignorais à quoi servaient ces rails en aluminium. » dit-elle. Le lendemain, Gless s’inscrit dans une école de secrétariat où elle excelle. Elle travaille pour une firme puis devient secrétaire de production, et parfois, elle lit des scènes avec les actrices venues auditionner. Gless découvre alors qu’elle adore jouer. Et comme elle est chargée des feuilles de paie, elle réalise aussi que les actrices gagnent bien plus qu’elle. Quand la compagnie de production met la clef sous la porte, Gless se retrouve en rade et sans un sou en poche en Arizona. Elle rend alors visite à son grand-père et à sa nouvelle femme. Cette dernière dit à Sharon qu’elle doit faire quelque chose de sa vie. Après avoir partagé une bouteille de champagne, Gless lui confie ses ambitions de devenir actrice. Elle a peur de la réaction de son grand-père, mais il l’encourage et paye même pour ses cours de théâtre. Très vite, Gless se retrouve dans une pièce où quelqu’un des Studios Universal remarque sa performance. Le studio la prend sous contrat en 1972, faisant de Gless la dernière actrice sous contrat d’Universal. Le misérable contrat standard avait été créé des années auparavant par son grand-père.
Les studios font regarder à Sharon ses rushs quotidiens pour qu’elle puisse apprendre de ses erreurs. Aujourd’hui cependant, et d’après Hal Sparks qui joue son fils dans la série, « Elle ne regarde plus son propre travail, donc elle ne sait pas à quel point elle est formidable. »
Malgré les félicitations, Gless dit qu’il a été difficile pour elle de trouver du travail en vieillissant. « J’ai détesté la cinquantaine, » dit-elle. « Quand j’ai eu 60 ans l’été dernier, j’ai pensé : Qui va oser insulter une sexagénaire ? Peu importe que tu ne fasses pas une taille 36. Allez, lâche la bride ! Et ça va beaucoup mieux depuis que j’ai lâché la bride. »



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